Les lipogrammes

Le but de ce TPE est de regarder si un programme informatique est capable de déchiffrer n’importe quel texte, même les lipogrammes en "e". Mais qu’est-ce qu’un lipogramme ? Qui en sont les concepteurs ? Quel est le plus célèbre des lipogrammes ?

Un lipogramme est un texte dans lequel certaines lettres de l’alphabet ont été enlevées. Ce terme fut inventé par le groupe de l’Oulipo. Le plus célèbre des lipogrammes est le roman de Georges Perec, La Disparition. Des lipogrammes particuliers portent des appellations spécifiques, ainsi, un lipogramme n’utilisant qu’une voyelle se nomme monovocalisme et les lipogrammes en utilisant deux s’appellent bivocalismes.

D’après Perec, le plus ancien lipogrammatiste est Lasos d’Hermione qui composa deux poèmes sans la lettre sigma (Σ) au VIème siècle avant notre ère.

Revenons maintenant à l’explication du groupe Oulipien. Tout d’abord, quel est le sens de ce mot : OU signifie Ouvroir, LI veut dire Littérature et PO désigne POtentiel. Ce groupe fut créé en 1960 par François Le Lionnais, Raymond Queneau et leurs amis. Cette communauté a la particularité d’être composée de personnes ayant des métiers différents : des mathématiciens comme François Le Lionnais, des peintres comme Claude Berge ou des écrivains comme Jean Queval. Le but de la démarche est de créer de nouvelles formes poétiques ou romanesques en liant la littérature aux mathématiques. Pour Raymond Queneau, ses Oulipiens sont « des rats qui ont à construire le labyrinthe dont ils se proposent de sortir ». Mais le groupe Oulipien ne réalise pas de littérature aléatoire, il applique la littérature à la rigueur des mathématiques. Par exemple, Raymond Queneau réalisa « Cent milles milliard de poèmes ». Cet ouvrage est composé de dix sonnets dont chaque vers est écrit sur une bande de papier et en les combinant de façon méthodique, Queneau obtint 1014 poèmes, soit cent mille milliards.

               oeuvre de l'Oulipo                  oeuvre de l'Oulipo

L’un des Oulipiens les plus actif est Georges Perec (1936-1982). Il est d’abord documentaliste au CNRS en 1962, puis intègre l’Oulipo où il se consacra à l’écriture et rédigea de nombreux ouvrages dont deux recevront un prix littéraire : Les Choses. Une histoire des années soixante et La Vie mode d’emploi. Mais l’un de ses romans les plus surprenant fut La Disparition. En effet, il s’agit un roman lipogrammatique en "e". Durant son existence, Perec a toujours été fasciné par les problèmes de langage, il cherchait les secrets que la langue renferme. D’ailleurs, en 1956 il exécuta une psychanalyse pour permettre, à l’aide des mots, de déverrouiller, décrypter les secrets de l’inconscient.

Georges Perec

Dans son roman La Disparition, certains passages montrent l’intérêt de Perec pour la cryptographie. En effet : les personnages de cet ouvrage y sont parfois confrontés.

En voici un exemple frappant :

Au chapitre 18 Anton Voyl décide de chercher la signification des points blancs sur la table de billard. Tout d’abord, il découvre que c’est un katoun (message rédigé à l’aide d’un patois local). Il trouve au début que les points veulent dire :

" Ba va sa ka ma sar pa ta par da
Bi vi si ki mi sir pi ti pir di
Bo vo so ko mo sor po to por do … "

Puis il obtint :

" Ja Gra Va Sa La Dâ La Ma Tân
A Ma Va Jas ‘A Ta Krat’ Dâ
La Pa Sa Ya Ra Da Ra Cha "

Enfin, après de multiples tentatives il trouve la signification du message :

" J’ai poli ma loi sur l’a-pic
car mon talion s’inscrit
dans la trituration du roc "

C’est grâce à cette trouvaille que les personnages vont comprendre quelle est la malédiction qui les menace.

Grâce au groupe Oulipien, un lien a pu être effectuer entre deux domaines pourtant très différents : les mathématiques et la littérature. On lui doit également l’invention du mot lipogramme ainsi que son développement. Georges Perec, quant à lui a eu un intérêt tout particulier pour la cryptographie comme le montre l’une de ses interviews dont un extrait est montré ci-dessous :

        Jacques Bens et Alain Ledous :

- Autre domaine, si l'on rapproche lettres et logique, on obtient la cryptographie. Est-ce que vous vous y intéressez ?

        Georges Perec :

- Oui, ça m'a intéressé, mais là aussi, d'une manière complètement déviée. Par exemple, les codes dont la clé est un chiffre, je ne sais pas du tout les résoudre. Je ne sais pas comment m'y prendre. Mais la plupart des problèmes cryptographiques se résolvent en utilisant les lois de fréquence des lettres. C'est d'ailleurs une des choses qui m'ont donné l'idée d'écrire La Disparition. Le "e" étant la lettre la plus fréquente, on la supprime, et l'on obtient un texte qui, si on le codait, serait probablement très difficile à déchiffrer par les méthodes habituelles.

Propos recueillis par Jacques Bens et Alain Ledoux